"Mon journal de geisha - Cinq ans d'apprentissage à Kyoto" Komomo -photographies de Naoyuki Ogino
Tandis que je relis Natsume Sôseki, j'ai trouvé un livre d'une jeune femme qui a choisi de devenir geisha. Un siècle les sépare.
Sôseki est né en 1867 à Edo, devenu Tokyo l'année suivante alors que commençait l'ère de Meiji qui allait tant bouleverser le Japon.
Jusqu'en 1868, le Japon s'était volontairement isolé du reste du monde, mais il était désormais obligé de s'ouvrir. Les intellectuels de la génération de Sôseki furent envoyés en Allemagne, en Angleterre, en France, aux Etats-Unis pour découvrir les technologies, les lois, les cultures occidentales. Sôseki lui-même a séjourné de 1900 à 1903 en Angleterre.
Sôseki par son éducation, sa culture et ses pensées était attaché au Japon traditionnel mais il admettait que des changements étaient nécessaires. Il était lucide sur les dangers pour la société japonaise qu'entraînerait une occidentalisation imposée et rapide. Le Japon risquait d'y perdre son âme. Mais les intellectuels, qui, peu à peu, étaient écartés au profit des militaires et des hommes d'affaires, devenaient impuissants à changer le cours des évènements et amers de leur échec.
Qu'est-ce qui pousse une jeune Japonaise de quinze ans à quitter sa famille pour devenir apprentie geisha en 2000?
Ruriko est née au Mexique puis a suivi ses parents en Chine. Elle se sent profondément japonaise et est attirée par la tradition des geishas. Après avoir échangé des mails avec Ikuko Takeda propiétaire d'une maison de "geiko" (le mot pour geisha à Kyoto) où elle lui expliquait son désir de devenir apprentie, sa famille la laisse partir pour Kyoto auprès de son professeur qui lui apprendra le difficile métier de geisha. Ruriko devient komono "petite pêche" et pendant cinq ans est maiko. Cinq ans durant elle doit apprendre à danser, à chanter des chants anciens, à jouer d'un instrument. Mais surtout à comprendre et à respecter la hiérarchie et le protocole de ce mileu si particulier et si étranger au mode de vie des jeunes filles modernes. Dur apprentissage qui décourage de nombreuses postulantes.
Malgré quelques moments de tristesse, Komono tient bon et devient geiko en 2005. Elle choisit l'indépendance et s'installe dans sa propre maison.
Mais elle constate qu'il est de plus en plus difficile d'être geisha. Les Japonais même cultivés ne comprennent plus les subtilités de la tradition, les significations des chants anciens ou même la langue.
Les fabricants de kimonos disparaissent et le prix des kimonos devient trop élevé.
Un siècle après le constat de Sôseki, komono est peut-être l'une des dernières représentantes du Japon d'autrefois.